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Biotechnologies médicales : Comment investir dans ce secteur pas comme les autres ? Par Jordan Dufee © Zonebourse.com 2017

Considérées comme un secteur d’avenir, les biotechnologies occupent une place prépondérante dans l’industrie pharmaceutique. Le nombre d’introductions en bourse de ces dernières années illustre parfaitement cette idée. En 2015, ce n’est pas moins de six biotechs qui sont venues grossir les rangs du secteur, qui ne compte qu’une trentaine de sociétés cotées sur le marché français. Ces dernières peuvent être largement caractérisées par leur volatilité démesurée, ayant pour conséquence d’y concentrer la frénésie des petits porteurs comme des investisseurs professionnels plus avisés.

 

Les épisodes volatils sont nombreux. On peut notamment citer la spectaculaire envolée d’ Abivax (+115% le 02/05) ou encore de Genomic Vision (+33% le 10/05 et +16% la 23/05) ainsi que la lourde chute d’AB Science (-30% le 16/05) ce mois-ci. Cette caractéristique implique plus que jamais d’être prudent et sélectif. Il convient ainsi d’assimiler les spécificités du secteur biotechnologique afin d’y investir en tout état de conscience. 
 

La vie règlementaire du médicament

Créer un médicament relève du parcours du combattant. Avant qu’une biotech puisse prétendre à voir ses produits commercialisés, celle-ci doit parcourir un long processus de R&D, semé d’essais cliniques (aux critères d’évaluation spécifiques) et finalisé par une validation d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) (voir figure ci-dessus). Cette procédure dure en moyenne dix ans et ne cesse de s’étendre du fait d’une règlementation sanitaire de plus en plus stricte, que ce soit sur le continent américain ou européen.

On ne trouve pas les mêmes intervenants le long de cette chaîne. En aval, ce sont les géants pharmaceutiques, bien ancrés au sein de l’industrie, qui sont présents. Ils se nomment Pfizer, Novartis ou encore Sanofi et dominent le business par leur taille gargantuesque. Pour planter le décor, les dix premières pharmas réalisent plus d’un tiers du chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique mondiale. La concurrence est donc rude, d’autant plus que la majorité d’entre eux ont perdu/vont perdre leurs brevets protégeant leurs molécules phares, tombés dans le domaine public. La concurrence des génériques constitue ainsi un nouveau défi pour ces acteurs historiques. Ce nouvel environnement oblige ces mastodontes à revoir leur modèle de développement. Désormais, les grandes manœuvres sont à l’acquisition de pures sociétés de recherches, situées en amont de la chaîne. On assiste donc à un ralentissement de l’investissement dans des programmes internes, au profit d’une augmentation des acquisitions. Les biotechs constituent ainsi un véritable relai de croissance aux big pharmas. C’est justement ce côté opéable qui les rend spéculatives à bien des égards, tirant parfois leur valorisation à des niveaux délirants.

Dans ce contexte, apprécier le risque d’une biotech est un exercice complexe, qui fait entrer en jeu de nombreuses variables ainsi que d’innombrables inconnues.

·  Pipeline : La diversification du portefeuille de produits/molécules est un élément indispensable à prendre en compte. Plus le pipeline est riche, plus la biotech est susceptible d’avoir un newsflow conséquent, futur catalyseur des cours. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’équilibre du portefeuille. Une société qui mise tout sur un seul produit sera mise complètement hors-jeu en cas d’échec clinique. La visibilité doit être le critère majeur de l’analyse. Celle-ci peut être en partie approchée par les avancées des produits en cours de développement sur la chaîne réglementaire vu ci-dessus. Ainsi, une société qui n’a que des produits en développement préclinique, aussi ambitieuse et révolutionnaire qu’elle soit, ne dispose d’aucune visibilité.

·  Ressources financières : Les sociétés de recherches biotechnologiques sont des « embuscades à augmentation de capital (AK) ». Leur principale raison de se coter en bourse est justement de pouvoir lever des capitaux pour financer des années de R&D, puisque les banques refusent de leur prêter des fonds, le secteur étant jugé trop risqué. Ces opérations dilutives pénalisent bien évidemment les actionnaires historiques. De ce fait, la valeur d’une biotech dépend en partie de la confiance que lui portent les investisseurs dans sa capacité à lever des capitaux, jusqu’à ce qu’elle soit rentable. Il faut donc être attentif au niveau de trésorerie, à mettre en perspective avec la consommation moyenne de cash par an (cash burn).

·  Valorisation : La valorisation d’une biotech se fait sur la base de ses perspectives. En d’autres mots, on estime sa juste valeur en fonction du marché potentiel de ses produits. L’analyse financière traditionnelle ne s’applique pas à ce secteur ou la plupart des biotechs ne dégagent pas de bénéfices, ni même de ventes. De ce fait, la majorité des analystes utilisent une méthode de valorisation spécifique, appelée rNPV pour risk adjusted Net Present Value. L’idée est simple, on estime les futurs flux de trésorerie (estimés en fonction du marché potentiel, soit le nombre de patients multiplié par le prix demandé, auquel on ampute les coûts de production/marketing) qui sont actualisés sur une très longue période afin de tenir compte du cycle de vie du médicament. Toutefois, bien qu’elle soit répandue, cette technique présente beaucoup trop de limites puisqu’elle repose sur des hypothèses trop restrictives (telles que la probabilité de succès des essais cliniques), ainsi que sur des variables arbitraires (comme le taux d’actualisation et le prix du médicament).
 
·  Gouvernance et business model : Une société biotechnologique, c’est avant tout de la matière grise. Il est donc nécessaire de scruter la gouvernance ainsi que la composition du conseil de surveillance/exécutif. Disposer de précurseurs et d’experts dans leur domaine de recherche est primordial, d’autant plus si leur intérêt concorde avec celui des actionnaires. Par ailleurs, avoir un PDG et une équipe charismatique, sachant manier l’art de la communication est un véritable avantage. Ce volet est d’une grande importance, non pas dans le sens de gonfler la pertinence des produits ou des résultats cliniques, mais dans la capacité à tenir une ligne de conduite claire dans le temps. Le discours tenu depuis le début doit être cohérent, notamment sur les stratégies commerciales choisies (accord de licence, partage de brevets, contrôle de la distribution).

Finalement, aucun autre secteur ne s’apparente autant à du capital-risque que le secteur biotechnologique. Les investisseurs en quête de visibilité, qui ne peuvent pas supporter une volatilité extrême, pourront donc passer leur chemin. Il faut toutefois garder à l’esprit que les procédés miraculeux n’existent pas. Investir dans une biotech, c’est bien prendre conscience du risque encouru, sur un marché dont le fonds de commerce est l’espoir. 

Informations

Rédacteur
Jérôme LEFESVRE
Gérant

Date de publication
le 30/05/17 à 17:09

Thèmes
Economie - Etude - Conjoncture
Nouvelles technologies

Zone Bourse