Ma Seule Entreprise ne Changera pas le Monde

Nous ne comprenons pas ce qu'est le travail...

Nous ne comprenons pas ce qu'est le travail. Notre relation avec le travail est perverse. Les grandes entreprises qui comprennent ceci changent le monde. Celles qui refusent encore d'accepter cette réalité sont dans une terrible situation. Le 19ème siècle étant le mode d'emploi du 21ème : comprendre le premier c'est savoir lire le second. L'industrie et la culture de la consommation ont, d'une manière ou d'une autre, fait croire qu'un bon travail c'était gagner de l'argent. Sans se préoccuper des "externalités", qu'elles soient positives ou négatives par ailleurs, sur la société. La preuve en est qu'il me faut deux phrases pour expliquer ceci tant elles sont antinomiques. Une entreprise qui fait du bien à la société ? Mais ça doit être une association... Une entreprise qui fait des tonnes de blés ? Elle n'est sûrement pas très "clean"... Etc. Etc.

"Ca se passe le boulot ?

- Ça va."
Ce "Ça va " c'est la routine qui est entrée dans les moeurs. Les entreprises et leurs employés sont en constante opposition, une autre routine. Pour beaucoup de personnes, leur travail n'est que perte d'énergie, de créativité et de temps.

Les personnes qui ont réfléchi, fomenté et inventé le capitalisme avaient une idée très simple en tête : récompenser des entreprises pour les services et les valeurs qu'elles apportent - i.e. de l'argent pour des services et des biens. Et comme tout ce que fait l'homme frôle rarement la perfection...


L'argent en soi, comme forme de compensation et d'ajustement, mesure très mal la valeur d'un bien ou d'un service. Nous pouvons gagner de l'argent en rendant un service que les gens choisiront de payer. Nous pouvons aussi très facilement gagner de l'argent en causant, aux yeux de tous, plus de mal que de bien. L'argent n'est pas mauvais. L'argent est un moyen. J'ai créé et gère une entreprise à but lucratif parce que quand nous gagnons de l'argent en faisant du bien, nous utilisons cet argent pour faire encore plus de bien, si tant est que nous restons alignés avec les valeurs de nos membres et de nos clients. L'argent comme but et comme seule motivation fait du mal de manière systémique. L'industrie de la santé est le meilleur exemple que je puisse vous donner.


Avez-vous déjà entendu parler de la tragédie des biens communs ? Imaginez une rivière qui traverse un village. Cette rivière apporte son lot quotidien de poissons aux habitants du village. L'intérêt de pécher le plus de poissons possible dépasse toujours le prix à payer pour l'utilisation de la rivière : chaque poisson péché en plus par un villageois a une valeur et une utilité ; les coûts encourus par ce même villageois sont seulement celui du poisson péché divisé par le nombre de pécheurs... Rapidement, chacun pèche le plus qu'il peut pour empêcher, autant que faire se peut, les autres villageois de prendre un avantage sur lui, et la rivière devient vite vidée de tous ses poissons.

C'est un jeu à somme nulle, perdant-perdant, où le conflit entre intérêt individuel et bien commun est mis en exergue (l'individu jouant contre les autres finit par jouer contre son propre intérêt).

Faire le bien. J'ai trop en tête la phrase de Pascal (qui veut faire l'ange fait la bête) pour m'arc-bouter naïvement sur le bien. Ça se sent. Et chez nous nous faisons le bien en faisant *ça* bien. Une chose est sûre toutefois, on se rapproche du bien lorsque les intérêts de l'entreprise sont alignés avec les intérêts de la société. Les entreprises de l'innovation (re)découvrent aujourd'hui qu'il est plus hasardeux et plus coûteux dans le temps d'être en opposition systématique avec ses employés et ses clients. Les entreprises de l'innovation sont aujourd'hui plus collaboratives, en interne comme en externe, et créent par conséquent une forte valeur pour le monde - une combinaison de profits et d'impacts positifs. Travailler pour ce genre d'entreprises, bâtir ce genre d'entreprises c'est se rapprocher de l'idée du bien.


LA PARTICIPATION EST SOUTENUE PAR LA CONFIANCE


En bâtissant Les Satellites, j'ai appris combien il était difficile de bâtir quelque chose pour laquelle les personnes prêteraient suffisamment de soin pour qu'elle perdure durablement. Mais j'ai aussi appris combien ceci devenait facile une fois certaines pratiques comprises.


Quand mon travail est de faire ce en quoi les autres croient, je n'ai aucune peine à trouver de l'aide. Mes clients sont mes alliés plutôt que mes adversaires.


Je n'ai aucune peine à trouver des clients - en fait, ce sont plutôt eux qui viennent à moi, comme les papillons à la lumière (je n'ai rien d'une lumière).


Je n'ai aucune peine à répandre ce que je fais. Chaque journaliste, chaque blogueur à qui j'ai eu la chance de parler voulait écrire un papier. Chaque client voulait en parler à ses amis.


À trav ers tout ceci, un enseignement se dégage : la participation ne se force pas. Elle s'obtient par choix, elle est soutenue par la confiance.


Pour une entreprise qui n'accorde de l'importance qu'aux seules conséquences, ceci est une approche quelque peu délicate. L'innovation et la collaboration n'ont pas lieu dans ce genre d'entreprises.


Celles-ci tentent de se rapprocher de clients et d'employés qui s'attendent à ce qu'on leur mentent systématiquement, elles cherchent continuellement de nouvelles manières pour convaincre les gens qu'elles en savent plus et mieux sur ce dont ils veulent et auront besoin.


MA SEULE ENTREPRISE NE CHANGERA PAS LE MONDE


Depuis près d'un an et demi et l'existence des Satellites, j'ai appris comment bâtir et mener une entreprise qui place l'humain dans l'échiquier du travail. Certaines leçons ont été difficiles à retenir, mais je reste convaincu qu'une entreprise menée vers cette voie-là suit la bonne direction.


La tragédie des biens communs peut se résoudre de trois manières. Par la nationalisation. Par la privatisation. Et par la gestion par des communautés locales.


J'ai déjà expliqué ici pourquoi la nationalisation et la privatisation ne sont pas des solutions qui m'excitent. Le fait que dans chaque cas la présence nécessaire de l'Etat soit une condition est une raison. Reste donc le rôle des communautés locales. Ceci m'excite au plus haut point car une communauté participe à l'effort collectif, agit avec but, valeurs et authenticité, confond richesse et bien-être de l'autre.


Mais ma seule entreprise ne changera pas le monde. Voilà pourquoi je veux aider ceux qui veulent collaborer pour changer de point de vue et faire la différence. Et si vous pensez la même chose que moi, parlons ensemble.

Informations

Rédacteur
Nicolas BERGE
Entrepreneur

Date de publication
le 21/06/13 à 08:00

Thèmes
Bonnes pratiques
Développement de l'entreprise